mercredi 31 mai 2017

CHAPELLE NOTRE DAME DE BETHLEEM ( Guide visiteurs)


CHAPELLE NOTRE DAME DE BETHLEEM

 

COUPS D’OEIL A L’EXTERIEUR

 

Située près de l’abbatiale et dans l’enceinte de l’abbaye, elle tire son nom d’une apparition de la Nativité, fin du IIIe siècle ou début IVe, une nuit de Noël, à trois missionnaires chrétiens (Potentien, Savinien et Altin) venus de Sens évangéliser la partie orientale du Gâtinais où se trouvait à Ferrières un établissement de traitement du minerai de fer local. « C’est un nouveau Bethléem » se serait écrié Savinien, d’où la construction à cet endroit d’un oratoire dédié à la Vierge Marie. Son sol primitif a été retrouvé au XIXe siècle lors de la pose du chauffage, attestant, avec sa couche de cendres jonchée d’ossements calcinés, le sort tragique des villageois réfugiés dans cette petite église, au moment du passage des troupes d’Attila au Ve siècle.
Très endommagée en 1427 lorsque les Anglais ont quitté la ville en y mettant le feu, restaurée par l’abbé de Blanchefort (1465-1505) elle conserve cependant son abside romane dont on remarque les trois baies occultées et des modillons sculptés.

 

Au sud, des parties plus anciennes sont difficilement datables.

Bâtie avec les matériaux locaux (silex, grès, petits moellons calcaires et pierre de Souppes) elle a une apparence très rurale.

Un clocheton modeste remplace depuis 1840 la tour-clocher préromane écroulée en janvier 1839. Quelques pierres sculptées ont été réemployées quand la partie endommagée a été reconstruite : quatre masques joufflus et l’inscription   de la porte latérale.

Coup d'œil à l'intérieur 

On pénètre dans la chapelle par une porte latérale édifiée au moment de la reconstruction de 1840. L’inscription latine établie au XVIIe siècle par DOM MORIN, grand prieur de l’abbaye, sous une statuette moderne de la vierge à l’enfant, indique qui est la maîtresse des lieux : « N’entre pas sans avoir salué l’hôtesse ».
A droite, en entrant, on butte sur un bénitier du XVIIe siècle et on remarque tout de suite les colonnes de la tribune en bois, de 1840, qui surplombe la grande entrée et les bancs d’oeuvre venant de l’ancienne église paroissiale St Eloi vendue à la Révolution et échangée avec l’église abbatiale.

Notre Dame est sombre, avec seulement deux grandes verrières fin XVe sur les murs sud et nord. Les boiseries qui courent sur les murs proviennent de l’église St Eloi et la charpente en bois reconstruite après la guerre de Cent ans par Blanchefort, a été restaurée au XIXe siècle. L’arc triomphal préroman qui délimite le chœur, s’appuie sur deux piliers massifs plus anciens couronnés de chapiteaux. Les chapelles latérales édifiées par DOM MORIN pour que Notre Dame ait l’air d’une église, et consacrées en 1621, sont dédiées à droite à St Roch et à St Sébastien, deux saints invoqués dans la religion contre les pestes de toutes sortes, et à gauche au Saint Esprit. Cette dernière abrite les fonds baptismaux, le confessionnal, la plaque tombale de DOM MORIN et les tombes de quelques notables du lieu.
Les vitraux représentent dans le chœur, à gauche Clovis et Clotilde dont la tradition en fait les fondateurs de l’abbaye, à droite, le pape Grégoire le Grand et Louis XIII initiateurs, chacun à leur époque, de la confrérie de Notre Dame. Les vitraux des chapelles latérales illustrent la Pentecôte et la Nativité.
Vierge à l'enfant Jésus
 

Quelques tableaux du XIXe siècle ornent les murs, ainsi qu’un grand Christ en croix du XVIIe siècle. On accédait à la petite chaire à prêcher par un escalier pris dans l’épaisseur du mur. A côté, une plaque rappelle les festivités du couronnement de Notre Dame de Bethléem en 1898.  

 

Notre Dame de Bethléem est surtout intéressante pour le retable de 1650 installé dans l'abside. Commandé par un moine de l'abbaye, fort dévot et fortuné, pour honorer la vierge, c’est l’oeuvre du sculpteur Gilles Guérin. Cet artiste travaillait pour le Louvre et la Cour, en particulier pour la famille du prince de Condé. Ce retable comporte cinq statues de pierre : Marie et l’enfant, deux anges, Saint Savinien et Saint Potentien. Il sert d’écrin à un tableau représentant la Nativité dont la tradition rapporte qu’il a été offert en ex- voto par la reine Anne d’Autriche.
Six peintures sur toile font partie de ce retable et illustrent des scènes du Nouveau Testament. A gauche : l’apparition du Christ à Marie Madeleine ; la lapidation de Saint Etienne, la pêche miraculeuse. A droite : Jésus et la Samaritaine, Saint Paul sur le chemin de Damas, la Cananéenne.

L’ensemble a été restauré à la fin du XXe siècle et remis dans l’état primitif du XVIIe siècle, car en 1890 le clergé ferriérois avait pris des libertés en déplaçant le tableau de la Nativité et les statues de la Vierge et des anges.

La dévotion à Marie était très active et une confrérie religieuse existait dès le Moyen- Age. Remise en route par Dom Morin et Louis XIII après les désordres protestants, elle existe toujours. On venait aussi en pèlerinage invoquer Marie. On en a, pour l’Ancien Régime, les dates régulières de 1615 à 1790. Les pèlerins y demandaient la pluie et on y portait les enfants mort-nés car Notre Dame de Bethléem était un « sanctuaire à répit ». Des miracles étaient consignés soigneusement par le clergé. Le pèlerinage existe toujours mais reste local, début septembre. La statue honorée se tient dans une niche, à droite du choeur. Depuis son couronnement solennel de 1898, elle est cachée par un lourd manteau de velours bleu. La statue actuelle date de la fin du XVe siècle, elle est en chêne.

Marie porte l’enfant sur son bras droit, celui-ci n’est vêtu que d’une petite chemise. L’ensemble ne mesure pas plus de 40 cm.
On ne sait pas comment était la statue du Moyen -Age, probablement brûlée à la guerre de Cent ans. Celle du XVe a eu plus de chance ; une bonne âme l’a cachée pendant la Révolution et remise à l’église après la tourmente.

Notre Dame de Bethléem sert pour le culte. On y célèbre les offices pendant l’hiver et les enterrements toute l’année. 

Document: Paroisse de FERRIERES/ARF/OFFICE DES 4VALLEES- PHOTOS ARF 

EGLISE ABBATIALE ST PIERRE-ST PAUL (guide visiteurs)

 Eglise abbatiale St Pierre – St Paul
de Ferrières en Gâtinais.

Généralités

   
Abbaye royale bénédictine de Ferrières en Gâtinais.
Malgré les destructions dues à l’époque révolutionnaire et à des initiatives malheureuses du XIXe siècle (percement des rues, destructions de l’enceinte et remaniement des bâtiments), les restes de l’abbaye royale bénédictine de Ferrières évoquent assez bien un passé important.
Fondée à l’époque mérovingienne, largement dotée par Dagobert et rattachée au domaine papal, elle fut un foyer intellectuel international à l’époque carolingienne grâce à Charlemagne, son fils, son petit-fils et des abbés comme Alcuin, Aldric, ou Loup Servat. C’est à cette époque que les moines adoptent la règle de Saint Benoît.
Elle fait partie du domaine royal dès le 11eme siècle et les rois de France y ont droit de gîte. Elle traverse assez bien les heures sombres de l’Histoire (guerre de 100 ans, pillages des huguenots, pratique de la Commende qui voit certains abbés s’approprier ses richesses, période révolutionnaire, lois de 1880 et séparation de l’Eglise et de l’état, libération du territoire par les Américains en 1944).
Partagée entre propriétés privées et bâtiments publics, elle fut l’objet de nombreuses restaurations de 1865 à 1875, menées par les Monuments Historiques (l’abbatiale étant classée dès 1840).
La conservation du bâti et du mobilier est assurée actuellement par la DRAC (Direction Régionale
des Affaires Culturelles) et les bâtiments de France. Incluse dans le diocèse de Sens (Yonne) jusqu’à la Révolution, elle fait maintenant partie du diocèse d’Orléans et du département du Loiret.
L’église abbatiale et la chapelle ND de Bethléem, sauvées des destructions révolutionnaires, servent à présent au culte et
sont ouvertes au public toute l’année.
NB : Les numéros du plan ci-contre correspondent aux
parties décrites dans le texte qui suit.

Eglise abbatiale St Pierre – St Paul

en Gâtinais – Les Extérieurs



L’abbatiale et son clocher  

Juchée sur la partie haute de la colline qui surplombe la vallée de la Cléry, aménagée en terrasse par les moines, l’abbatiale domine de sa masse la place des Eglises, d’autant plus qu’on accède à la porte principale par un escalier de pierre de 15 marches, déjà mentionné dans les écrits au XVIe siècle. La plateforme moderne qui entoure le monument aux morts atténue cet effet de surplomb.
Majestueuse et sévère au nord, éclairée seulement par 6 fenêtres romanes en plein cintre, elle est cependant ornée de modillons (à l’extérieur) dont la plupart représentent des têtes d’animaux et de personnages. Certains se distinguent comme le joueur de cor ou le joueur de guimbarde. Les arcatures bouchées du bas-côté nord accentuent encore cet effet de masse.


Le côté sud, dans la mesure où les bâtiments du cloître et du palais de l’abbé ont disparu, paraît plus allégé. Les verrières qui éclairaient la nef au-dessus de la galerie nord du cloître donnent à cette partie une certaine élégance.
Les gros arcs-boutants sont modernes. Edifiés après les démolitions de la Révolution, ils jouent le rôle de contrefort tenu auparavant par les bâtiments du cloître et du palais abbatial.
Le clocher de pierre, accolé à la grange dîmière et au porche St Michel qui séparait dans l‘abbaye la partie haute, dévolue aux travaux agricoles et aux réceptions des pauvres et des visiteurs, de la partie basse réservée à l’abbé et aux activités liturgiques, se détache de l’abbatiale depuis que le bas-côté nord n’existe plus, détruit par la chute en 1739 d’un clocher de plomb dont on aperçoit encore la base. Il résume à lui tout seul l’histoire des bâtiments du couvent :
- Etage inférieur carolingien
- Etages médiévaux (roman et gothique)
- Style flamboyant pour la flèche de pierre au toit en écailles.

La façade(2)


Elle comporte deux éléments, l’entrée principale sur le perron et une petite porte, côté nord, accédant au bas-côté détruit au XVIIIe siècle. L’ensemble est datable du milieu du XIIe siècle au tout début du XIIIe siècle.


Eglise abbatiale St Pierre – St Paul
de Ferrières en Gâtinais – Les portes

La porte latérale


Appelée la porte papale car réservée au passage à Ferrières des papes puisque depuis Dagobert 1er l’abbaye appartient au « domaine de St Pierre » (d’où les 2 clés des armoiries de l’abbaye reprises par la ville de Ferrières) pour éviter les tentations d’appropriation des archevêques de Sens (dont dépendait le Gâtinais) seigneurs tout puissants au Moyen-Âge. On ouvrait cette porte pour accueillir le pape, on la murait dès son départ.
Les colonnettes qui supportent les voussures sont surmontées de petits chapiteaux historiés : des gueules de petits monstres (discrète allusion à l’enfer ?) et le rappel d’une anecdote concernant Pépin Le Bref, père de Charlemagne : venu à Ferrières, il prouva sa légitimité en tuant un lion de sa main lors d’un combat de fauves dans les « arènes ».

La porte principale

Les décorations des voussures ont servi de modèle au Sacré Cœur de Montmartre. Les colonnettes portent des chapiteaux décorés de feuillage ; un chapiteau représente des musiciens jouant de la vièle à archet. L’abbé se tient le plus près de l’entrée.
Les 3 fenêtres sont encadrées de colonnettes à bagues, l’oculus central (l’œil de bœuf) est décoré de bâtons brisés.
Le tympan se résume à un bloc de pierre nue depuis les remaniements du XIXe siècle. En effet, d’après les notes d’un habitant de Ferrières, il y avait encore des peintures dessus vers 1840. Les restaurateurs, des élèves de Viollet le Duc, ont parfois radicalisé les choses.


Eglise abbatiale St Pierre – St Paul de Ferrières en Gâtinais – La nef


La nef (1)
             
Christ en croix, en bois du XVIIe
Longue de cinq travées, elle est couverte d’un berceau de bois maintenu par des entraits et des poinçons apparents. Il n’y a jamais eu de voûte en pierre pour cette partie de l’église.
Cette nef communiquait avec un bas-côté nord par des arcades en plein cintre, reposant alternativement sur de grosses colonnes et des colonnes jumelles portant un anneau à mi-hauteur. Cette disposition et les chapiteaux indiquent le milieu du 12ème siècle et une influence de la cathédrale de Sens reconstruite au même moment. C’est le pape Alexandre III en résidence chez l’archevêque de Sens qui est venu consacrer l’édifice le 29 septembre 1163, jour de la St Michel.

Ecce Homo XVème
 

Quelques éléments remarquables se distinguent : le bénitier pré-roman à l’entrée ; la porte du cloître dont l’ogive garde des traces de polychromie, et transformée en niche abritant un Ecce Homo du XVe siècle, la chaire du XVIIIe siècle provenant de l’ancienne église paroissiale démolie et un grand christ en croix, en bois du XVIIe siècle.
Tous les vitraux ont disparu sauf ceux de la fenêtre centrale de droite avec leur grisaille du XIVe siècle. Deux tableaux sont intéressants : un grand format représentant la descente de croix, du XVIIe siècle (probablement de l’école de Rubens). Noté dans l’inventaire du XVIIIe siècle, il ne peut être une copie du XIXe siècle comme on l’a souvent cru. Un tableau plus petit, sur bois, représente St Michel, St Benoît et Saint Aldric.




 

 Eglise abbatiale St Pierre – St Paul de Ferrières en Gâtinais – Le chœur, la sacristie & l’octogone

 
L'octogone (3)


Au moment de la reconstruction médiévale de l’église abbatiale, l’organisation carolingienne du transept a été maintenue. Les huit gros piliers du XIIIe siècle en pierre de Souppes rappellent la disposition en octogone de la chapelle du palais de Charlemagne d’Aix La Chapelle, édifice bien connu des abbés carolingiens de Ferrières. Cette architecture confère à l’église un caractère original dans le Gâtinais et a obligé le constructeur à procéder à des ajustements pour adapter les voûtes aux chapiteaux des colonnes.

Le chœur (4)

Eclairé par cinq vitraux du début du XVIe siècle contemporains de la réfection de l’abbaye après la guerre de Cent ans, il garde la trace de l’organisation carolingienne, bien visible sur le côté sud (cf, les fiches sur le tombeau), avec les deux arcatures aveugles surplombant le mur de la sacristie.
L’abside à cinq pans a conservé ses colonnettes du XIIIe siècle, mais les stalles datent du début du XVIIe siècle, reconstruites après les désordres des protestants grâce à la permission royale d’utiliser les arbres d’une partie de la forêt de Montargis. L’une d’elles porte les armes de l’abbaye. A côté a été placée la statue d’un évêque. Elle a été au début du XXe siècle, considérée comme celle de St Aldric, l’abbé du IXe siècle qui introduisit la règle de St Benoît et présida à la reconstruction carolingienne de l’abbatiale. Restaurée ces dernières années, elle représente en fait St Eloi car un discret fer à cheval apparaît sur le riche habit de cet abbé.
Statue de St Eloi



Armories de Louis de Blanchefort
Le chœur abrite aussi le tombeau de Louis de Blanchefort. Edifié après la mort de l’abbé par les soins de son frère et son neveu, nouvel abbé de Ferrières, il obéit aux poncifs architecturaux de la première Renaissance Française : coquilles et rinceaux à l’antique, statue des vertus aux côtés nord et sud et de St Benoît.
Le tombeau présentait le gisant de l’abbé en habit sacerdotaux et son épitaphe en lettres gothiques court tout autour du plateau. Elle est actuellement peu visible. Le gisant a été détruit par les protestants et le tombeau abîmé par la dévotion des fidèles croyant avoir sous leurs yeux le tombeau de Ste Apolline, invoquée pour guérir les maux de dents. Chacun grattait un peu les statues et récoltait aussi quelques débris poudreux destinés à les soulager.
Le grand autel du XVIIIe siècle était primitivement à la croisée du transept, place occupée depuis 1963 par l’autel moderne en bois pour la célébration face aux fidèles.


Statue de St Pierre
 



La sacristie (5) ne se visite pas

Le couloir qui y mène est précédé d’un arc légèrement outre passé, de briques et de pierres, d’époque carolingienne. On aperçoit par la verrière le trompe-l’œil qui orne les voûtes datant du XVe siècle et restauré récemment. Une statue de St Pierre du XIVe siècle en surveille l’accès.


 

 

Eglise abbatiale St Pierre – St Paul de Ferrières en Gâtinais – Les croisillons

Le croisillon nord (6)


Le bras nord du transept est dédié à St Michel. Cette partie a été considérablement modifiée à la fin du XIXe siècle, à la fois par les travaux des architectes départementaux de l’époque et sous l’impulsion d’un couple de riches ferriérois qui ont engagé les frais d’une transformation aujourd’hui discutable : démolition de l’autel primitif consacré à St Michel pour le remplacer par un pastiche de style médiéval et réfection des vitraux à la manière du XIIIe siècle avec les saints patrons des donateurs sur le vitrail surplombant l’autel de bois.
Statue de St Michel
 
Cet autel de bois dédié à St Vincent, patron des vignerons, est formé à partir du banc d’œuvre de l’ancienne église St Eloi et d’éléments de stalles. On remarque ainsi les tenailles du forgeron. Les voûtes peintes de fresques sont en cours de dégagement. Un Saint Michel terrassant le dragon du XVe siècle ornait cette chapelle ; il fut déposé au musée Girodet de Montargis. Un Saint Michel « très sulpicien » l’a remplacé dès cette époque du XIXe siècle, bien modeste, mais représentatif de la décoration des églises des années 1870 -1880. L’orgue date de 1874 et a coûté bien cher. Il a fallu plus de 15 ans pour le payer.

Le croisillon sud (7)

Il communiquait autrefois avec les bâtiments conventuels. On y accédait par une porte donnant sur le cloître. Les moines descendaient des dortoirs du premier étage par un escalier débouchant vers la porte pour procéder aux prières de la nuit et repartait par cette même porte pour accéder à la salle du chapitre au petit matin. Ces dispositions les mettaient ainsi à l’abri des intempéries (vent, froid, pluie, neige). Cette porte existe encore, sur la droite, près de l’autel.
Le mur sud de ce croisillon sud est aveugle puisqu’il correspond aux étages monastiques, aujourd’hui occupés par les services de la mairie.
L’organisation de ce croisillon est moderne, de la fin du XIXe siècle. L’espace est consacré au Sacré Cœur de Jésus dont l’autel et la statue ont été édifiés par les soins d’un riche ferriérois, inspecteur des Monuments Historiques à l’époque. La lumière pénètre grâce au vitrail moderne de la sacristie, et une verrière à l’angle de la nef.
         Document: PAROISSE DE FERRIERES-EN-GATINAIS / ARF/Office de tourisme de Ferrières et des QU4TREVALLES photos Marie Houssin et ARF

lundi 29 mai 2017

Conférence Pierre de Felice: Mille ans d'astronomie et de géophysique d'Aristote au Haut Moyen-Age

 

Conférence à l'ARF de Ferrières en Gâtinais le 17 octobre 2015

Mille ans d'astronomie et de géophysique d'Aristote au Haut Moyen-Age

 
 

Avant de parler des connaissances en astronomie et géophysique de l’Antiquité, je tiens à remercier l’ARF. Cette association ayant appris que la bibliothèque vaticane possédait un manuscrit provenant de l’abbaye de Ferrières en Gâtinais en a acheté une copie, l’a fait traduire et la proposa à l’Harmattan pour publication. Cet éditeur parisien me demanda d’y apporter quelques explications afin que le lecteur puisse comprendre les méandres des calculs du comput. Je fis aussi quelques « nettoyages » des figures altérées par le temps. Plusieurs feuillets de ce manuscrit étaient des copies du De Natura Rerum  d’Isidore de Séville. Je découvris ainsi cet auteur espagnol du Haut Moyen-Age et me procurai le Traité de la Nature, traduction du De Natura Rerum, qu’avait faite Jacques Fontaine et c’est ainsi que je m’intéressai à l’astronomie et à la géophysique des Grecs, des Romains et des auteurs chrétiens des premiers siècles, qui les connaissaient mieux qu’on ne le dit souvent.

Lorsqu’Isidore devient archevêque de Séville, la bibliothèque de cette capitale espagnole est un conservatoire de la culture antique et des travaux des premiers grands auteurs chrétiens. Il utilise cette riche documentation pour donner à l’église chrétienne une solide base intellectuelle. Les œuvres d’Isidore sont utilisées pour l’enseignement des moines. Elles pénètrent assez rapidement en Europe, d’abord en Gaule et en Italie puis en Angleterre et en Germanie.

Le ciel et la terre sont observés depuis la plus haute antiquité. Sans instruments de mesure (si ce n'est l'astrolabe d'Hipparque, à partir du IIème siècle av. JC), Aristote (IVème siècle av. JC), Pline l'Ancien (Ier siècle), Isidore de Séville (VIIème siècle) et leurs contemporains ont tenté d'expliquer et de décrire les phénomènes astronomiques et géophysiques qu'ils observaient en s'efforçant de démythifier le monde.

Comment les connaissances de l'Antiquité se sont-elles transmises jusqu'au Haut Moyen-Age Occidental avant l'invasion arabe de l'Espagne, à l'aide de trois thèmes : le monde, les séismes, la crue du Nil ?

1. Le monde :

Pour Aristote, Pline et Isidore le monde est une sphère unique et parfaite qui contient tous les astres. Pline ajoute que ce serait folie de chercher d'autres mondes. La terre est au centre du monde qui tourne en 24 heures autour de l'axe des pôles qui passe par le centre de la Terre. Les auteurs grec et latin pensent le monde éternel même si Aristote parle parfois de commencement. Les étoiles sont fixées au monde et y ont des positions immuables ; elles tournent avec lui. L'explication de leur éclat diffère d'un auteur à l'autre. Pour Aristote c'est le frottement de l'air qui les échauffe et les rend lumineuses, Pline les croit faites de feu et Isidore pense que c'est le Soleil qui les éclaire, comme il éclaire aussi les planètes. Aristote, Pline et Isidore citent les planètes dans le même ordre ; la plus proche est la Lune puis viennent Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et la plus éloignée, Saturne. Ces planètes tournent autour de la Terre dans un sens opposé à celui du Monde. Les périodes de révolution de Jupiter, 12 ans, et de Saturne, 30 ans, sont très voisines de leur période autour du Soleil. Les périodes attribuées à Mercure, Venus et Mars par Aristote et Pline ne sont pas aussi extravagantes que celles que leur donne Isidore. Cela est très surprenant de la part d'Isidore qui devrait connaître le système de l'astronome grec d'Alexandrie Claude Ptolémée (IIème siècle), car il est cité par Cassiodore (Vème-VIème siècle) auquel Isidore se réfère.

Figure 1 : Représentation schématique de la terre entourée de l’océan.

Dans le Comput de Ferrières : la barre horizontale représente le Nil (ou la mer Rouge) à droite, quelque fleuve russe, le Don ou la Volga, à gauche. La barre verticale du T est la Méditerranée avec la mer Adriatique. Les îles grecques sont les rectangles blancs dans lesquels sont les lettres EUROPA. Au bas les flammes blanches représentent peut-être les îles Britanniques. Les textes latins de la partie ASIA rappellent que les fils de Sem habitèrent l’Asie, dans la partie inférieure gauche habitent les fils de Japhet et dans la partie inférieure droite les fils de Cham.

La figure d’Isidore de Séville est beaucoup plus sobre. On remarque que dans les deux figures l’Orient est au haut.

2. Les séismes

Aristote, Pline et Isidore expliquent les tremblements de terre par le même processus, le vent s'accumule dans les cavernes du sol et en sort violemment en faisant trembler la terre. Comme Aristote, Pline affirme que le tremblement de terre se ressent plus souvent la nuit que le jour, et plus souvent à midi qu'aux autres heures du jour. C'est cette accalmie du vent qui explique la fréquence des tremblements de terre durant les éclipses de Soleil et de Lune. Pline rapporte qu'on a observé que les villes qui ont un réseau d'égouts étendu, de nombreux puits, des soupiraux, souffrent moins que d'autres des tremblements de terre car le vent peut y emprunter tous ces orifices pour s'échapper du sol.

Figure 2 : Représentation de la terre au centre des figures.

Le Comput de l’abbaye de Ferrières en Gâtinais (Xème siècle) reproduit, l’une des figures du Traité de la Nature d’Isidore de Séville représentant la Terre entourée des 7 cercles (souvent appelés ciels) parcourus par les planètes. On retrouve une figure presque identique dans un manuscrit de l’abbaye du Mont St Michel, datant du XIIème siècle.

Dans le Traité de la Nature, Isidore de Séville représente en son centre une figure avec la mention terra alors que dans le comput le centre est en noir.


Figure 3 : Les quatre saisons, leurs caractéristiques climatiques et le point cardinal associé.

On lit : en haut Ver (printemps), au-dessous Oriens, et, de part et d’autre, humidus (humide) et calidus (chaud) ; à droite on lit aestas (été), au-dessous meridies (sud), et, de part et d’autre, calidus et siccus (sec) ; au bas on lit automnus (automne), au-dessous occidens (occident), et, de part et d’autre siccus et frigidus (froid) ; à gauche on lit hiemis (hiver), au-dessous septentrio (nord) et de part et d’autre frigidus et humidus.

3. La crue du Nil

Aristote s'intéresse à la crue annuelle du Nil dont il disserte dans un ouvrage dont on ne possède qu'une traduction en latin datant du 13ème siècle. Il aurait enjoint à son parent Callisthène (environ 360- environ 327 av. JC) d'accompagner une équipe de savants envoyés en mission vers l'Éthiopie par Alexandre de Macédoine, et ce serait les observations de ce parent qu'Aristote rapporterait dans cette œuvre perdue. Les nuages des régions septentrionales poussés par les vents étésiens heurtent les monts d'Éthiopie où ils donnent des pluies abondantes depuis avril jusqu'en septembre et ce sont ces pluies qui provoqueraient la crue du Nil.

Pline propose plusieurs explications de la crue du Nil :

1° les vents étésiens soufflent en sens inverse de son cours, le repousse et font monter la mer dans son embouchure ;

2° le Nil est grossi par les pluies d'été sur l'Éthiopie où les vents étésiens ont porté les nuages du reste de la Terre ;

3° il existe une source dans la terre, et lorsqu'elle est échauffée par le Soleil, en été, il en sort le Nil ;

4° en hiver le Soleil se trouve au sud et évapore l'eau du Nil tandis qu'en été, le Soleil étant au nord, il ne l'évapore plus.

Pline ajoute que si la hauteur de la crue ne dépasse pas 12 coudées c'est la famine tandis que si elle dépasse 16 coudées c'est l'abondance.

Isidore propose lui aussi une explication de la crue annuelle du Nil. Celle-ci débute au voisinage du solstice d'été et s'achève à la fin d'octobre. Ce sont les vents étésiens qui provoquent régulièrement ces crues. Ces vents naissent en mai. Leur souffle d'abord faible augmente de jour en jour. Ces vents s'opposent à l'écoulement du fleuve dans la mer à son embouchure occidentale, ils contribuent à y construire des bancs de sable qui arrêtent les flots du Nil. Celui-ci gonfle alors et il est contraint de retourner en arrière. L'accumulation de ces flots fait déborder le Nil sur l'Égypte. Lorsque les vents étésiens se calment et que les bancs de sables sont rompus, le fleuve regagne son lit.

Plus de mille ans avant Isidore de Séville cette explication était rapportée par Hérodote qui la tenait de Thalès (qui était allé en Égypte et y avait notamment mesuré la hauteur de la grande pyramide). Mais Hérodote l'écarte car, dit-il, souvent les vents étésiens ne soufflent pas et le Nil ne déborde pas moins. Il se fait l'écho de deux autres explications : l'eau de la crue viendrait du grand fleuve ou océan qui entoure le monde (qui ne serait pas salé) ou encore la crue serait due à la fonte des neiges des monts d'Éthiopie, explication qu'il réfute comme la première. Il propose ensuite sa propre explication : en hiver le Soleil est au sud et il absorbe en l'évaporant l'eau du Nil dans son cours supérieur, tandis qu'en été le Soleil étant au nord, le débit du fleuve est normal. On remarque qu'Hérodote n'explique pas la crue de l'été mais l'étiage de l'hiver.

L'explication d'Isidore avait encore cours au début du XIXème siècle. On la trouve sous la plume d'Honoré Flaugergues (1755-1830), astronome et météorologiste amateur, alors que l'Encyclopédie de Paris, 50 ans avant Flaugergues affirme que la seule cause de la crue annuelle du Nil, ce sont les pluies qui tombent depuis l'équinoxe de printemps jusqu'au solstice d'été (la mousson de sud-ouest) sur les monts d'Ethiopie. C'est encore cette explication qui a cours aujourd'hui.

Conclusion

Aristote cherche à comprendre le monde ; la divinité n'intervient pas à tout instant, tout a une cause, tout peut s'expliquer rationnellement, même si tout émane de Dieu dont la puissance est infinie.

Comme l'a écrit Buffon, Pline a tout lu et tout décrit. Il accorde une si grande confiance aux récits des explorateurs qu'il admire tant qu'il n'essaye pas de trier le vrai de l'impossible parmi leurs descriptions.

Isidore de Séville n'a pas l'esprit de système et se garde bien de prendre parti. Il voit la main de Dieu à l'origine de tous les phénomènes naturels. Si les planètes tournent dans un sens opposé à celui du monde c'est pour que celui-ci ne tourne pas trop vite au risque de s'anéantir.

L'eau (gelée) qui se trouve dans le ciel est là pour rafraichir les extrémités de l'axe du monde qui sans elle, finiraient par s'échauffer à force de tourner. Ce parti finaliste est, semble-t-il, ce qui distingue Isidore de Séville des auteurs antiques, beaucoup plus qu'une moindre connaissance de l'astronomie, de la météorologie et des sciences de la Terre.

          Pierre de Félice

 
Ce texte est un condensé de cette conférence établi par Madame Bonnefoy en février 2016, la présidente de l'ARF, peu avant son décès. 
 

lundi 8 mai 2017

Chapelle Ste Elisabeth



Chapelle Ste Elisabeth

 

Chapelle privée de l’abbé.

Reconstruite au XVème, après la guerre de cent ans par l’abbé Louis de Blanchefort qui y a mis ses armoiries : deux lions passants de gueules. L’enfeu à gauche est un hommage à St Aldric dont le sarcophage carolingien était à cet endroit. La porte à droite du XVème était la porte d’entrée de la chapelle démontée au XIXème siècle et remontée à cet endroit en 1990 grâce à l’action de l’ARF au moment de la réfection de cet édifice. A noter que les petites étoiles du plafond ne sont pas peintes mais fixées au plafond.
                       Françoise SOUCHET


Enfeu construit par Blanchefort
 sur l'emplacement du sarcophage de St Aldric
 

Piscine liturgique