samedi 16 juillet 2022

vendredi 8 avril 2022

Marguerite d'Antioche

 

MARGUERITE  D’ANTIOCHE

 

  Le 11 décembre  2021, un tableau du XVIIème  siècle représentant Marguerite d’ Antioche a retrouvé sa place dans l’église de Fontenay,  après un « purgatoire » de quelques années. L’ARF était conviée à  la cérémonie.


Qui est Marguerite d’Antioche ?

 Nous trouvons la réponse dans « la légende dorée », un ouvrage dans lequel  Jacques de Voragine, un dominicain italien du XIIIème  siècle, archevêque de Gênes, retrace la vie de tous les saints connus à son époque en en compilant tous les écrits. Marguerite (la perle, en latin) naît dans une riche famille noble d’Antioche, à l’époque de l’empereur Trajan-Dèce (249-251). Son père a des responsabilités politiques et religieuses. A sa naissance, elle est confiée à une nourrice, une femme de la campagne devenue chrétienne. La petite est élevée dans cette religion, à l’insu de ses parents. En âge d’être mariée, elle est remarquée par le préfet d’Antioche, Olybrius, qui veut en faire son épouse. Refus de la jeune fille qui avoue être chrétienne et fureur du père. Jetée en prison,  elle est torturée et pressée d’abjurer. Comme elle refuse, on la reconduit dans son cachot qu’une brillante clarté illumine soudain : signe dans les récits hagiographiques de la présence divine. Elle demande alors à Dieu de lui montrer sous quelle forme visible le démon la persécute. Il apparaît sous la forme d’un dragon hideux qui tente de l’avaler mais elle brandit une croix qui le fait mourir et il la recrache…Selon d’autres récits, écrit Voragine, il suffit qu’elle brandisse une croix pour qu’il disparaisse. Le démon lui apparaît ensuite sous les traits d’un beau jeune homme, ami de ses parents. S’ensuit une vive discussion entre la sainte et le démon, la jeune fille  maintenant immobile son interlocuteur sous son pied. Vaincu, celui-ci disparaît. Entre temps, Olybrius n’a pas renoncé à son projet de vaincre la résistance de Marguerite ; peine perdue ; de tortures en tortures, elle résiste. De guerre lasse, il la fait décapiter. Selon les versions, c’est le 7 ou le 20 juillet…

Le tableau suit la légende. Marguerite, fille noble, porte de riches vêtements, un collier de grosses perles autour du cou et une chevelure souple qui laisse retomber une grande mèche sur l’épaule. Elle a une croix de bois à la main, la palme du martyre. Le  dragon se tient de part et d’autre  gueule béante d’un côté et queue fouettante de l’autre. La présence  divine  se manifeste dans les cieux. 

Curieusement, le prénom de Marguerite au XVIIème siècle est peu  donné à Fontenay. Les « Anne » et les « Marie » se taillent la part du lion…En revanche, il est courant à Montargis, Château-Landon et Souppes.

Et Trajan Dèce ?

Monnaie empire romain Trajan Dèce

Né en 201 dans une riche famille romaine, il poursuit une brillante carrière militaire sous le règne de Philippe 1er dit Philippe l’Arabe. C’est l’époque où l’empire romain subit les assauts de nombreux peuples barbares un peu partout sur son territoire. Dèce (Caius Messius Quintus Decius) doit repousser les Goths et les Vandales au-delà du Danube. En 248, il réussit si bien que ses soldats le proclament empereur, à son corps défendant. (C’est courant à cette époque de l’histoire romaine où les empereurs sont élus par leurs troupes en attendant d’être détrônés par des concurrents plus chanceux. Devant cette situation, Philippe l’Arabe entame une bataille où il périt…Dèce devient donc empereur le 29 août 249. Il  a 48 ans.

Ajoutant le nom de Trajan à son patronyme, il entend bien redresser le prestige de l’empire en insistant sur 4 points : le retour aux traditions nationales, la défense du territoire, le partage du pouvoir avec le Sénat et la défense de la religion d’état, d’où la persécution des chrétiens dans tout l’empire. (Ste Marguerite à Antioche, St Denis à Paris et St Saturnin à Toulouse). Mais son règne est de courte durée car il meurt au mois d’août  251 en combattant une fois de plus les Goths alors qu’il a échappé à la peste (venue d’Egypte), qui ravage à partir de 250 toutes les contrées de l’empire.

Quant aux Olybrius, nous en trouvons trois. Le premier est celui de Marguerite, gouverneur d’Antioche au 3ème siècle; le deuxième est un haut dignitaire romain, époux de Galla Placidia la jeune, la fille de l’empereur Valentinien III. Il vit à Byzance. La situation politique et militaire de l’empire l’amènera à devenir empereur d’occident en 472. Le troisième est un avatar du premier. La tradition chrétienne médiévale en fait un gouverneur des Gaules qui conduit au martyre à Alesia vers 250, la jeune Regina devenue Ste Reine. Pas de dragon comme pour Marguerite mais les mêmes échanges verbaux entre les diverses tortures, au détriment du pauvre Olybrius qui voit sa proie lui échapper. Un « mystère » moderne reprenant cette histoire fut longtemps joué à Alise Ste Reine, en Côte d’or, à la fin de l’été.

Ce nom propre a donné dans la langue française le nom commun « olibrius ». Il désigne un personnage fantasque, excentrique,  parfois douteux et peu recommandable, souvent peu apprécié en raison de ses fanfaronnades. Le terme est employé dans l’expression « c’est un drôle d’olibrius ». 


Françoise Souchet Mars 2022

dimanche 20 mars 2022

Les petites chroniques de l'ARF : Mme Jacquemain-Duboutoir et la chapelle Ste Elisabeth

 

Les petites chroniques de l’ARF


   Mme Jacquemain-Duboutoir et

  la chapelle Ste Elisabeth

 

 

En 1792, les administrateurs du district de Montargis mirent en vente l’ensemble des bâtiments conventuels de l’abbaye de Ferrières devenus biens nationaux depuis le 2 novembre 1789, à l’exception à la demande de la ville de Ferrières, de la chapelle N.D. de Bethléem et de l’église abbatiale St Pierre St Paul.

chapelle Ste Elisabeth côté cour du couvent



















Mme Jacquemain-Duboutoir est devenue l’acquéreur le 2 avril 1792 de l’ensemble de ces bâtiments.

Née Marie Françoise Desgouttes, Mme veuve Pierre Stanislas Jacquemain-Duboutoir n’est pas une inconnue à Ferrières. Son mari, fils d’un échevin de Montargis, descendait de Jean Jacquemain, fondateur de l’hospice de Ferrières ; sa belle-mère est de la famille Durzy de Montargis ; son père Jean Baptiste, mort quand elle avait dix ans, commandait la milice bourgeoise de Montargis ; sa mère Marie Magdeleine Bordier appartient à une des principales familles de marchands tanneurs ferriérois. Son fils Stanislas sera à Montargis un des membres les plus actifs du comité révolutionnaire sous la terreur et sa fille Louise Eugénie épousera en 1794 Claude Pelvilain, le curé de Ferrières.


Sous l’impulsion de son fils, les démolitions se font très vite, concernant d’abord le palais de l’abbé et le grand cloître, qui correspondent aujourd’hui au parking de la mairie.

Elle habite dans le reste des bâtiments.

En 1818, elle éprouve le besoin de vendre une partie de ses acquisitions. Elle vend ainsi la grange aux dîmes et les bâtiments de la petite cour[1], puis les grandes écuries des hôtes place du couvent, qui seront appelées ensuite improprement la « grange aux dîmes », occupée dernièrement par une poterie.

Suit la vente de la chapelle Ste Elisabeth.

Cette chapelle qui avait servi autrefois aux abbés, était alors désaffectée depuis longtemps et servait de cave. C’était « une vinée ». Elle est en effet particulièrement fraîche. Elle occupe la position que nous lui connaissons ; au sud vers l’ancien petit cloître, au nord vers la place du couvent ; elle est enclavée entre la sacristie de l’abbatiale et la « maison Cohen ».

La vente a eu lieu le 9 juin 1818, en l’étude de Me Gatien Guyon, Grande rue (aujourd’hui N° 8). L’acquéreur est Amant Aubert « propriétaire demeurant à Ferrières »[2].

 


Porte Pougier






Enclavé, le bâtiment n’est pas facile d’accès ; on y pénètre à partir du petit cloître par une porte de chêne à deux battants[3]. Une fenêtre s’ouvre sur la cour du couvent qui appartient à Mme Duboutoir. Ce bâtiment est « vouté en arcades », avec « un grenier au-dessus, non carrelé » et couvert en tuile auquel on accède « au moyen d’une échelle par une lucarne donnant sur ladite cour ».





Mais pour accéder à sa vinée, le sieur Aubert est obligé de passer par le petit cloître non encore démoli, en empruntant l’escalier qui y mène à partir de la cour du couvent, appelé « l’escalier des douze apôtres » . Il a cependant droit à un tour d’échelle de « un mètre vingt-neuf centimètres neuf millimètres – quatre pieds – tout autour du bâtiment, c’est-à-dire dans le petit cloître et la cour du couvent.


Aubert est propriétaire dès le 9 juin, mais n’aura la jouissance de son bien qu’en novembre, sauf du grenier dont il a jouissance immédiate.

Il acquiert en même temps le petit caveau situé entre la chapelle Ste Elisabeth et la sacristie de l’abbatiale, dit « la prison ». Ce caveau est alors indépendant de la chapelle et s’ouvre directement sur un passage à l’air libre entre Ste Elisabeth et St Pierre, passage dont il a également la jouissance[4]. Ce caveau est situé sous le grand escalier de pierre qui menait du grand cloître au premier étage et que Mme Duboutoir s’engage à ne jamais démolir quel que soit l’acquéreur de la salle du chapitre. Engagement confirmé quelques mois plus tard dans l’acte de vente de ladite salle à Louis Antoine Lesguillon le 1er novembre 1818 devant Me Gatien Guyon.

Des servitudes existent naturellement : le nouveau propriétaire ne doit pas encombrer la cour Nord de la Chapelle, ni l’arrière de la sacristie, ni le petit cloître de manière à gêner la circulation. Les abords de Ste Elisabeth ne doivent pas servir d’entrepôts ! Son droit de passage s’arrête au jambage droit de la porte menant à l’escalier des douze apôtres. A gauche, c’est la propriété de Mme Duboutoir.

En contrepartie, si la démolition du petit cloître intervient, Mme Duboutoir s’engage à payer les frais de remise en état des murs de la chapelle si ceux-ci venaient à être endommagés.

Le sieur Aubert a également droit à emprunter la grande porte du couvent donnant sur la place St Macé pour parvenir à sa nouvelle propriété ; permission valable pour lui et ses héritiers « ses hoirs et ses ayant-cause ».


 

 

Madame Duboutoir ne profita guère de ses acquisitions, démolitions et reventes de l’abbaye. Elle finit sa vie dans la misère, hébergée par charité dans un des bâtiments lui ayant appartenu et s’éteignit le 29 octobre 1826 à l’âge de 81 ans.

Quant à la chapelle Ste Elisabeth, après plusieurs changements de propriétaires, elle fut vendue par le sieur Duchesne en 1875 à l’Evêché d’Orléans qui en fit sous le nom de St Aldric la chapelle du pensionnat qu’il avait installé dans les bâtiments conventuels[5]. Elle retrouva ainsi une éphémère affectation religieuse avant sa reprise définitive par la ville de Ferrières en 1905.

 

Françoise Souchet

                                                              François Petit

 Sources :

-       Archives départementales du Loiret

-       François Ronceray : Histoire de la ville de Ferrières-en-Gâtinais. Manuscrit. Archives de l’ARF.

 

Extraits photographiques de l’acte : Service photographique des archives du Loiret,  N° 14453 et 14456.

 

  ARF : patrimoineferrierois.com ; assrech.ferrieres45@yahoo.f

[1] La cour donnant sur la place des églises à droite en descendant au niveau du monument aux morts.

[2] Amant Pierre Aubert, né à Ferrières le 24 juillet 1769, vigneron, époux de Marie Anne Pépin, décédé le 30 avril 1827.

[3] La porte actuelle, qui après avoir été vendue et installée dans la chapelle du château de Toury, a été récupérée et replacée.

[4] Ce passage a été bouché lors des travaux de 1995 et on accède aujourd’hui au caveau à partir du passage qui a été ouvert la sacristie et la chapelle.

[5] Ce pensionnat a fermé ses portes le 28 juillet 1883.